Le Congrès des Sociétés Savantes de Savoie

 


 

 

Une petite histoire des Congrès des Sociétés Savantes de Savoie...

 

Dès leur création, les différentes sociétés, académies et autres associations culturelles des deux départements savoyards entretinrent des relations suivies entre elles. Dès les années 1870, elles tinrent des congrès durant lesquels elles communiquaient leurs travaux et leurs recherches. Le premier Congrès eut lieu à Saint-Jean de Maurienne en 1878.

Mais, à la fin des années 1920, un projet de constitution d'une fédération des sociétés savantes naissait suite aux bouleversements économiques issus de la Première Guerre mondiales et de la décennie qui suivit. Dès cette époque, les historiens, tant au niveau international que local, sentaient l'impérieuse nécessité de collaborer et de développer des liens permanents afin de mieux faire diffuser l'information historique. Un Comité national fut créé à Paris en 1928 sous l'impulsion d'historiens éminents de l'époque, MM. Homelle et Glotz. Cette création eut un impact fort au niveau local. Dès 1929, l'Université de Grenoble, soutenue par R. Latouche alors professeur d'histoire médiévale à la Faculté des Lettres, proposait de fédérer toutes les sociétés savantes d'Isère et des deux départements savoyards.

Ce projet fut cependant avorté sous l'impulsion de la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie qui rappela à juste titre les spécificités historiques de la Savoie. Elle proposa à son tour un contre-projet qui permit de déposer en 1930 les statuts d'une Fédération des Sociétés Savantes de Savoie.

Mais il fallut attendre l'après-guerre et surtout les années soixante et soixante-dix pour que l'Union des Sociétés Savantes de Savoie prenne sa forme actuelle. Le 9 avril 1971, les statuts étaient déposés. Son président était le docteur Paul Tissot, président de l'Académie de Savoie, son vice-président Clément Gardet, président de l'Académie florimontane, le secrétaire le professeur Jacques Lovie, président de la S.S.H.A., et le trésorier Emile Pruvot.

Depuis cette date, l'Union des Sociétés Savantes de Savoie organise tous les deux ans un Congrès sur un thème précis. Chaque congrès se déroule en Savoie ou Haute-Savoie, en alternance.

 

Jacques Lovie et André Palluel-Guillard en 1972

 

 

Document

La réponse de la S.S.H.A. à l'Université de Grenoble concernant le projet de Fédération des Sociétés savantes (1929)

 

La lettre circulaire reçue par la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie vise à la création de Fédérations de sociétés savantes dont un des objectifs principaux est la culture désintéressée des études historiques. Ces Fédérations sont destinées" à créer un lien entre tous ceux qui dans une région s'intéressent à l'histoire... Ces Fédérations patronneront les travaux historiques entrepris dans la région et procureront à l'occasion des ressources pour leur édition".

L'idée de tels groupements est née au sein du Comité national des Sciences historique, constitué à Paris à la suite d'un voeu émis à Oslo en 1928 au Congrès international des sciences historiques "qui a cherché à remédier à la crise grave qui menace les études historiques du fait des difficultés croissantes que présente la publication des travaux historiques en raison du coût de l'impression". Ce voeu a été émis sur une proposition américaine "inspirée par le désir généreux des érudits des Etats-Unis d'offrir leur concours intellectuel et financier".

Le Comité national de Paris désirant que "la province collabore avec Paris..." a recommandé la création de fédérations régionales dans chacune des villes universitaires de France et a signalé l'existence des Fédérations de ce genre qui sont prospères en Normandie et en Franche-Comté.

Cette proposition a donc deux buts précis: d'abord créer un lien entre les sociétés d'histoire dans le sein de chaque université, ensuite obtenir des subventions américaines. Notons cependant que la lettre circulaire n'a aucun caractère officiel, que de plus les subventions annoncées ne sont pas assurées.

Or, le Comité national semble ignorer que le cadre universitaire ne correspond presque jamais en France au cadre provincial. Les deux cdas sités ne sont que des exceptions heureuses et peut-être est-ce la raison pour laquelle les fédérations existantes s'y sont constituées d'elles-mêmes. Supposons toutes les Fédérations formées dans le cadre universitaire, on aura la surprise de voir la Champagne ignorer officiellement, sous prétexte que son territoire est scindé entre les Universités de Lille, de Paris et de Dijon, que la Lorraine ne comprend pas le département de la Moselle (...) parce que celui-ci ressort de l'Académie alsacienne de Strasbourg, que les deux provinces de Guyenne et de Gascogne sont coupées toutes les deux dans le sens de la verticale au profit de Bordeaux et de Toulouse. Il y a là une erreur de principe qu'aucune société d'histoire de Province, digne de ce nom, ne peut admettre sans protester.

En ce qui concerne nos sociétés savoyardes, cette fédération de concevoir le cadre des fédérations est plus inadmissibles encore. Pendant plus de dix siècles la Savoie a eu son histoire nationale absolument distincte de celle de toutes les autres provinces françaises. Elle n'a eu de lien commun avec celles-ci qu'en ce qui concerne la Bresse et le Bugey d'une part, le comté de Nice de l'autre. Or du fait qu'en 1921 le siège de l'Académie de Chambéry a été supprimé pour des raisons budgétaires a-t-on dit, la Savoie devrait adhérer à une Fédération universitaire dont le siège est à Grenoble, tandis que la Bresse et le Bugey qui intéressent ces sociétés ressortiraient à Lyon et le comté de Nice à l'Université d'Aix-Marseille. Quel serait, on se le demande, le bénéfice moral et scientifique d'une telle opération ? Si les sept sociétés historiques de la Savoie croient devoir se fédérer, ce que d'ailleurs elles ont fait autrefois sous le nom de Congrès des sociétés savantes de Savoie, il est certain qu'elles ne le feront jamais que dans le cadre territorial des anciens Etats de Savoie, lequel avait été respecté au point de vue universitaire jusqu'en 1921 puisque l'Académie de Chambéry s'adressait officiellement à l'Université de Lyon. Ce cadre, a-t-il d'ailleurs complètement disparu puisque l'Ecole préparatoire à l'enseignement supérieur de Chambéry a été maintenue au bénéfice des élèves des deux départements savoyards.

C'est pourquoi, la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie ne peut acquiescer aux démarches faites par le Comité de Grenoble. Il lui semble, bien au contraire, que son refus motivé doit être transmis au Comité national de Paris, aucune oeuvre utile ne pouvant être envisagée, en fait de travaux historiques, sans que le cadre provincial soit strictement observé, les Fédérations existantes de Normandie et de Franche-Comté, citées par le Comité lui-même, justifient entièrement cette manière de voir.

 

Chambéry, le 15 novembre 1929.

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